1976 : année rock

Le source musicale qui semblait intarissable semble se calmer passé le mitan des années 70. En 1975, Zappa se contente de ne sortir que deux albums. En 1976, un seul opus parait, le 21ème depuis dix ans que le moustachu grave de la musique. « Zoot Allures » rompt avec les ambiances torturées et les grosses formations destinées à jouer de la musique complexe et souvent inaccessibles pour le croquant moyen.

Zoot allures : 100% rock

Terminé les digressions contemporaines. Aux oubliettes le jazz-rock. « Zoot Allures », débarrassé du surplus musical cousu doigts par Zappa se la joue 100% rock. Des morceaux d’une durée normale, un rock franc du collier qui n’affiche aucune polyrythmie et pas plus d’accords diatoniques. L’album va en décevoir plus d’un. Les fans d’expérimentations se retrouvent avec un disque de rock, loin d’être basique tout de même mais dénué de recherches musicales trop poussées.

Zoot Allures - Frank Zappa
Zoot Allures – 1976

Le moustachu joue de la plupart des instruments, guitare, synthé, basse et assure le chant lui-même. Avec Terry Bozzio, batteur au set monumental officiant entre autres dans King Crimson et aux côtés Peter Gabriel, Zappa concocte un rock teinté de blues qui va conquérir un nouveau public.

Le disque comporte un seul long morceau, « The Torture Never Stops » qui va devenir un classique repris quasiment à chaque concert. Même sur le visuel, Zappa casse les codes auxquels il était fidèle depuis 10 ans. Une photo de groupe simple, où l’humour et l’ironie ont décampé. Quoique…deux des musiciens figurant sur la pochette ne jouent pas sur le disque mais sur d’autres à suivre.

Un trait d’humour du moustachu ?

Retrouvez la chronique complète de Zoot Allures sur le site frank-zappa.fr.

1975 : dernières salves avec les Mothers of Invention

1975 va marquer un tournant dans la carrière prolifique du dieu Moustachu. Cette année-là, comme disait Claude, Zappa va sortir deux albums. « One Size Fits All » parait en juin 1975 et « Bongo Fury » la même année. A l’époque, la formule constituant les Mothers of Invention est sans doute la meilleure qui accompagna jamais Zappa.

Jugez plutôt :

– George Duke : claviers
– Napoleon Murphy Brock : saxophone et chant
– Tom Fowler : basse
– Chester Thompson : batterie
– Ruth Underwood : percussions

A partir de 1976, Frank Zappa décide de jouer uniquement sous son nom, sans faire mention du groupe qui l’accompagne.

One Size Fits All : en studio et en public

Encore un album avec un track-listing court. Avec seulement 9 titres, « One Size Fits All » contient des morceaux en public avec certaines parties substituées à d’autres en live. Ainsi, Zappa s’assure de montrer le meilleur de chaque titre en collant les parties qui lui semblent être le meilleur reflet de ce qu’il souhaite.

zappa et beefheart
Zappa et Beefheart réunis

L’album est aussi très accessible, sans coups tordus à l’intérieur ni folie furieuse de nature à faire quitter l’écoute à des personnes non averties.

Bongo Fury

Cet album live célèbre les retrouvailles entre Zappa et Captain Beefheart après quelques années de bouderie de part et d’autres. Quand on met en présence deux, au choix, dingues ou génies sur scène, le résultat risque d’être très aléatoire. « Bongo Fury » est un album mitigé, avec de vrais bons moments et des instants qui auraient pu restés dans l’anonymat.

A partir de cette année 1975, les musiciens formant les Mothers of Invention prennent leur distance avec Zappa. De moins en moins d’accord avec le direction prise par le Moustachu, Georges Duke va espacer ses interventions avec Zappa, de même que Chester Thompson, qui préférera la stabilité de Weather Report ou la pop plus facile de Genesis période Phil Collins.

Retrouvez maintenant la chronique de ces deux disques sur frank-zappa.fr.

L’année 1974 : toujours plus d’accessibilité !

Que faisiez-vous en 1974 ? Pour ma part, j’avais 9 ans, et le nom de Frank Zappa m’était bien moins familier que celui de Goldorak ou Casimir.

L’année 1974 allait être l’occasion pour le Moustachu de poursuivre l’entreprise débutée l’année passée. Il souhaitait rendre plus accessible sa musique au péquin moyen. Pour se faire, 2 nouveaux albums paraissent, venant s’ajouter aux 16 de la discographie existante : « Apostrophe » et un album live « Roxy and Elsewhere ».

Apostrophe

« Apostrophe » est l’album par lequel le néophyte commencera son immersion dans la riche oeuvre de Zappa. Appelé aussi disque « clé en main », cet album affiche une durée raisonnable (32 minutes) et des morceaux très abordables.

Verso disque Apostrophe
Verso disque Apostrophe

Avec des empreintes jazz et funk, « Apostrophe » se détache du lot avec des morceaux d’une durée également plus normalisé, loin des vastes étendues sonores de plus 10 minutes habituelles.

Roxy & Elsewhere

Paru en septembre 1974, « Roxy and Elsewhere » est un live qui contient 10 titres captés en décembre de l’année d’avant au Roxy Theatre et un peu partout ailleurs à Hollywood. La plupart des morceaux ont été revus en studio pour donner le meilleur d’eux-même. Ce disque est considéré comme une des meilleures prestations live des Mothers Of Invention.

En introduction de chaque titre, Zappa met un point d’honneur à expliquer la teneur de l’histoire racontée dans le morceau qui va suivre. L’ensemble offre une belle cohérence, avec des morceaux dynamiques et un groupe (ils sont neufs sur scène) au summum de sa forme.

Vous pouvez retrouver les deux chroniques complètes de « Apostrophe » et de « Roxy and Elsewhere » sur frank-zappa.fr.

Over-nite sensation : funky barge

En 1973, Frank Zappa sortait son 16 ème album en 6 ans de bons et loyaux services et surtout à celui de la musique sous toutes ses formes. « Over-nite Sensation » est comme une pause dans l’univers délirant du Moustachu. A part du reste de la production du prolixe guitariste/compositeur, « Over-nite Sensation »est un grand concentré de textes loufoques soutenus par un funk débridé.

Autopsie.

Unique album de Zappa paru en 1973, « Over-nite Sensation » décline ses 6 morceaux comme une bonne blague racontée à quelqu’un. Chacune d’entre elles permet de rencontrer un personnage ou une situation barrée chère à Zappa.

over-nite sensation

Le premier morceau « Camarillo Brillo » nous fait faire connaissance avec Maria, une mexicaine amoureuse de son poncho. Le second titre « I’m the Slime » est un portrait acide des médias tandis que « Dirty Love » explore les possibilités sexuelles crades résultantes d’une lotion à base de dragon.

Au détour des autres chansons, il sera également possible de croiser un loup-garou séducteur et d’une fille qui prend son pied lorsqu’elle voit sa sœur prise par un inconnu. La galerie de personnages et de situation ubuesque est complétée par une séance de stérilisation improbable et d’un cow-boy désireux de cultiver du fil dentaire dans le Montana.

Le disque est un devoir funk bien maîtrisée avec un George Duke impérial aux claviers. A noter, la présence d’une invité surprise, que les notes de pochette ne mentionnent pas selon la volonté de son mari cogneur. Tina Turner et ses propres choristes viennent faire les chœurs sur la plupart des titres.

Pour lire la critique complète de « Over-nite Sensation » consultez le site frank-zappa.fr.

1972 : 3 albums sinon rien !

Après les péripéties survenues l’année passée, Zappa se remet lentement, sans toutefois quitter son fauteuil roulant. C’est immobilisme ne remet heureusement pas en cause ses envies de composition. En cette année 1972, il va sortir 3 albums, qui, bien que rencontrant un succès mitigé auprès du public, compteront tout de même dans la discographie fleuve du moustachu.

Just Another Band from L.A. (sortie avril 1972)

Zappa commence par publier en ce début de l’année 1972 son 13ème album en 6 ans de carrière : « Just Another Band from LA ». Il s’agit d’un disque live enregistré avec les Mothers dont la dissolution s’annonce prochainement. Sur ce disque, Zappa recycle avec un son très approximatif d’anciens titres et propose un inédit conséquent (plus de 24 minutes) « Billy the mountain » de bonne facture qui permet d’attirer l’attention des fans.

Waka/Jawaka (sortie Juillet 1972)

Quelques mois plus tard parait « Waka/Jawaka ». Zappa fait appel à ses anciens comparses (Aynsley Dunbar, Georges Duke, Tony Duran et quelques autres) pour un disque qui contient à nouveau un titre fleuve « Big Swifty »de plus de 17 minutes. Le disque sera très apprécié du public et se rangera aux côtés des plus belles réalisations de Zappa.

The grand wazoo
Verso de la pochette de « The Grand Wazoo »

Parallèlement à ce disque, Zappa travaille sur un spectacle qui ne verra jamais le jour mais dont les ébauches artistiques se retrouveront comme à l’accoutumée recyclées sur d’autres albums.

The Grand Wazoo sortie décembre 1972

L’année 1972 se clôt avec le 15ème album de Zappa : « The Grand Wazoo ». Ce disque est toujours considéré à ce jour comme l’un des trois meilleurs du moustachu. Tempéré, jouant subtilement entre jazz et rock, Zappa donne naissance à un album mythique avec le même personnel présent sur « Waka/Jawaka ».

La pochette, sublime, cache 5 compositions qui alternent les styles et les ambiances : big band avec le morceau titre, expérimentations sur « For Calvin », funk-rock sur « Eat the Question » ou encore tout simplement jazz sur « Blessed Relief ».

Lisez les chroniques des albums Just Another Band from L.A., Waka/Jawaka et The Grand Wazoo sur le site frank-zappa.fr.

1971 : année noire pour Zappa

Reprenons le fil de la vie de Frank Zappa après cette absence de quelques mois. En décembre 1971, Zappa joue sur la scène du Casino de Montreux. Pour animer la soirée et créer l’événement, un spectateur tire un feu de détresse dans la salle.

Un incendie se déclare alors dans le Casino, progressant rapidement…

Près de 3000 personnes en danger

La salle était bourrée à craquer, plus que la jauge admissible avec des conditions de sécurité très moyennes : les sorties de secours avaient été condamné par les organisateurs pour empêcher les resquilleurs d’entrer.

L'incendie du Casino de Montreux
L’incendie du Casino de Montreux

Zappa participera étroitement au sauvetage du public en leur demandant de garder leur calme. L’évacuation se fait tranquillement et aucune victime n’est à déplorer. Le groupe y perdra néanmoins la totalité du matériel exposé sur scène. L’événement sera traduit en musique par Deep Purple qui enregistrait son album « Machine Head » juste à côté du Casino, avec le tube interplanétaire « Smoke on the Water ».

Chute de scène

6 jours plus tard, Zappa est à Londres, remit de ses émotions, sur les planches du Rainbow Theatre. Un spectateur en bord de scène l’attrape et le fait tomber dans la fosse pour des raisons à priori diverses (qualité de la prestation + regards insistants envers sa petite amie).

L’événement aurait pu être une sympathique anecdote à raconter le soir au coin du feu si l’incident n’avait pas pris de proportions désastreuses pour Frank Zappa. Ce dernier s’en sort, si l’on peut dire, avec de multiples fractures, un traumatisme crânien, des ecchymoses dans le dos et le cou ainsi qu’un écrasement du larynx.

Après cet accident, Zappa passera plus d’un an vissé sur un fauteuil roulant. Loin d’être abattu par cette aventure, Zappa composera cette année-là (1972), trois albums que nous évoquerons dans un prochain billet.

200 Motels : un film + un disque

Nous sommes en 1971. Zappa attaque avec bonheur les seventies qui vont lui permettre de laisser libre cours à son imagination musicale débordante.

C’est année-là comme disait Claude, Zappa va sortir un disque majeur, un grand double album de 90 minutes appelé « 200 motels ». Ce disque s’inspire du film du même nom que Zappa va co-réaliser avec un cinéaste britannique : Tony Palmer.

Affiche du film 200 motels
L’affiche du film

Le film raconte la vie en tournée du groupe de Zappa, les Mothers of Invention. La bande-son n’est pas l’exact reflet du film, elle en est plutôt une part complémentaire et apporte une lumière nouvelle à l’histoire qui se veut relativement simple et moins tordue qu’on pourrait le penser.

Le film

Les Mothers of Invention sont donc partis en tournée mais un petit vent de révolution souffle dans les rangs de la fine équipe. Les musiciens sont blasés de la musique de Zappa. Ils veulent surtout incarner le rock avec tout le folklore qui va avec : argent, gloire, filles faciles. Mais Zappa ne lâche pas son équipe d’une semelle et les suit partout, conscient du drame qui est en train de se nouer.

verso pochette 200 motels
Verso pochette 200 motels

Le film bénéficie de la présence de Ringo Starr et de Keith Moon.

Le disque

Le disque reste pour beaucoup de fans la grosse pièce sonore ultime à se mettre sous la dent, voire entre les oreilles et à emporter avec soi sur une île déserte, pour peu que celle-ci soit raccordée au réseau ERDF. « 200 motels » ce sont 39 morceaux répartis sur 2 rondelles, le plus court ne dépassant pas 11 secondes (Frank Zappa’s 200 Motels [Cut 4]), le plus long culminant à plus de 11 minutes (Strictly Genteel (The Finale)).

Ce disque affiche plusieurs tendances  et notamment des passages qui surviennent sans prévenir pour passer de la musique contemporaine au rock le plus violent.

Pour en savoir plus sur le contenu de cette double rondelle, merci de lire la chronique de « 200 motels » sur frank-zappa.fr !