1972 : 3 albums sinon rien !

Après les péripéties survenues l’année passée, Zappa se remet lentement, sans toutefois quitter son fauteuil roulant. C’est immobilisme ne remet heureusement pas en cause ses envies de composition. En cette année 1972, il va sortir 3 albums, qui, bien que rencontrant un succès mitigé auprès du public, compteront tout de même dans la discographie fleuve du moustachu.

Just Another Band from L.A. (sortie avril 1972)

Zappa commence par publier en ce début de l’année 1972 son 13ème album en 6 ans de carrière : « Just Another Band from LA ». Il s’agit d’un disque live enregistré avec les Mothers dont la dissolution s’annonce prochainement. Sur ce disque, Zappa recycle avec un son très approximatif d’anciens titres et propose un inédit conséquent (plus de 24 minutes) « Billy the mountain » de bonne facture qui permet d’attirer l’attention des fans.

Waka/Jawaka (sortie Juillet 1972)

Quelques mois plus tard parait « Waka/Jawaka ». Zappa fait appel à ses anciens comparses (Aynsley Dunbar, Georges Duke, Tony Duran et quelques autres) pour un disque qui contient à nouveau un titre fleuve « Big Swifty »de plus de 17 minutes. Le disque sera très apprécié du public et se rangera aux côtés des plus belles réalisations de Zappa.

The grand wazoo
Verso de la pochette de « The Grand Wazoo »

Parallèlement à ce disque, Zappa travaille sur un spectacle qui ne verra jamais le jour mais dont les ébauches artistiques se retrouveront comme à l’accoutumée recyclées sur d’autres albums.

The Grand Wazoo sortie décembre 1972

L’année 1972 se clôt avec le 15ème album de Zappa : « The Grand Wazoo ». Ce disque est toujours considéré à ce jour comme l’un des trois meilleurs du moustachu. Tempéré, jouant subtilement entre jazz et rock, Zappa donne naissance à un album mythique avec le même personnel présent sur « Waka/Jawaka ».

La pochette, sublime, cache 5 compositions qui alternent les styles et les ambiances : big band avec le morceau titre, expérimentations sur « For Calvin », funk-rock sur « Eat the Question » ou encore tout simplement jazz sur « Blessed Relief ».

Lisez les chroniques des albums Just Another Band from L.A., Waka/Jawaka et The Grand Wazoo sur le site frank-zappa.fr.

1971 : année noire pour Zappa

Reprenons le fil de la vie de Frank Zappa après cette absence de quelques mois. En décembre 1971, Zappa joue sur la scène du Casino de Montreux. Pour animer la soirée et créer l’événement, un spectateur tire un feu de détresse dans la salle.

Un incendie se déclare alors dans le Casino, progressant rapidement…

Près de 3000 personnes en danger

La salle était bourrée à craquer, plus que la jauge admissible avec des conditions de sécurité très moyennes : les sorties de secours avaient été condamné par les organisateurs pour empêcher les resquilleurs d’entrer.

L'incendie du Casino de Montreux
L’incendie du Casino de Montreux

Zappa participera étroitement au sauvetage du public en leur demandant de garder leur calme. L’évacuation se fait tranquillement et aucune victime n’est à déplorer. Le groupe y perdra néanmoins la totalité du matériel exposé sur scène. L’événement sera traduit en musique par Deep Purple qui enregistrait son album « Machine Head » juste à côté du Casino, avec le tube interplanétaire « Smoke on the Water ».

Chute de scène

6 jours plus tard, Zappa est à Londres, remit de ses émotions, sur les planches du Rainbow Theatre. Un spectateur en bord de scène l’attrape et le fait tomber dans la fosse pour des raisons à priori diverses (qualité de la prestation + regards insistants envers sa petite amie).

L’événement aurait pu être une sympathique anecdote à raconter le soir au coin du feu si l’incident n’avait pas pris de proportions désastreuses pour Frank Zappa. Ce dernier s’en sort, si l’on peut dire, avec de multiples fractures, un traumatisme crânien, des ecchymoses dans le dos et le cou ainsi qu’un écrasement du larynx.

Après cet accident, Zappa passera plus d’un an vissé sur un fauteuil roulant. Loin d’être abattu par cette aventure, Zappa composera cette année-là (1972), trois albums que nous évoquerons dans un prochain billet.

200 Motels : un film + un disque

Nous sommes en 1971. Zappa attaque avec bonheur les seventies qui vont lui permettre de laisser libre cours à son imagination musicale débordante.

C’est année-là comme disait Claude, Zappa va sortir un disque majeur, un grand double album de 90 minutes appelé « 200 motels ». Ce disque s’inspire du film du même nom que Zappa va co-réaliser avec un cinéaste britannique : Tony Palmer.

Affiche du film 200 motels
L’affiche du film

Le film raconte la vie en tournée du groupe de Zappa, les Mothers of Invention. La bande-son n’est pas l’exact reflet du film, elle en est plutôt une part complémentaire et apporte une lumière nouvelle à l’histoire qui se veut relativement simple et moins tordue qu’on pourrait le penser.

Le film

Les Mothers of Invention sont donc partis en tournée mais un petit vent de révolution souffle dans les rangs de la fine équipe. Les musiciens sont blasés de la musique de Zappa. Ils veulent surtout incarner le rock avec tout le folklore qui va avec : argent, gloire, filles faciles. Mais Zappa ne lâche pas son équipe d’une semelle et les suit partout, conscient du drame qui est en train de se nouer.

verso pochette 200 motels
Verso pochette 200 motels

Le film bénéficie de la présence de Ringo Starr et de Keith Moon.

Le disque

Le disque reste pour beaucoup de fans la grosse pièce sonore ultime à se mettre sous la dent, voire entre les oreilles et à emporter avec soi sur une île déserte, pour peu que celle-ci soit raccordée au réseau ERDF. « 200 motels » ce sont 39 morceaux répartis sur 2 rondelles, le plus court ne dépassant pas 11 secondes (Frank Zappa’s 200 Motels [Cut 4]), le plus long culminant à plus de 11 minutes (Strictly Genteel (The Finale)).

Ce disque affiche plusieurs tendances  et notamment des passages qui surviennent sans prévenir pour passer de la musique contemporaine au rock le plus violent.

Pour en savoir plus sur le contenu de cette double rondelle, merci de lire la chronique de « 200 motels » sur frank-zappa.fr !

 

Le premier live de Zappa en 1971 : Fillmore East

L’année 1971 sera relativement calme pour Frank Zappa. Seulement (!!) 2 albums, un live intitulé « Fillmore East : June 1971 » et un monument qui sera porté à l’écran « 200 motels ».

C’est le premier qui sera l’objet de ce nouveau billet sur la biographie de Zappa. Tout d’abord, Zappa veut rompre avec de vieilles habitudes. L’une d’entre elles est de pondre des pochettes tarabiscotées pour illustrer le contenu de ses albums qui ne le sont pas moins. Il commande alors une étude de pochette la plus épurée possible à son illustrateur préféré, Cal Schenkel.

Fillmore East June 1971
Oh ! le beau vinyle un peu usé…

Celui-ci, prévenu des nouvelles intentions Zapaïenne épousera la sobriété avec une pochette tout de blanc vêtue avec « The Mothers Fillmore East June 1971 » manuscrit.

Les moments forts sont légion et le dialogue entre le groupe et son public, permanent. Dans une interaction complice avec la salle, Zappa et ses Mothers lâchent quelques titres aux sujets bien gratinés (« Latex Solar Beef » sur les hémorroïdes, « Bwana Dik » qui vante les mérites du sexe mais surtout de sa taille…).

On appréciera également une section « Mothers » relativement restreinte (6 musiciens + Zappa) qui auront en charge de maintenir la pression pendant toute la durée de ce concert à grands renforts de dialogues, de vannes sur les conditions de la tournée et d’un talent bien évidemment indéniable.

Les plus patients iront écouter l’album, les plus pressés pourront déjà aller lire la chronique de « Fillmore East » sur le site frank-zappa.fr.

Et la suite c’est quoi ?

« 200 motels » bien sûr…

Deux pour le prix d’un !

En 1970, Zappa sortait deux albums (seulement…) « Weasels Ripped My Flesh » en août et « Chunga’s Revenge » en octobre. Si ces deux opus sont largement explorés sur le site frank-zappa.fr, revenons tout de même sur le sujet et disséquons ces 9ème et 10ème albums du moustachu.

Weasels Ripped My Flesh

Sur les 11 titres contenus par cet album, deux tiers sont à ranger du côté expérimental tandis que le reste est plutôt accessible à toutes les oreilles (« My guitar wants to kill your mama » ou « Oh no »), même peu habituées aux extravagances du Zappa. Rappelons aussi cette superbe pochette gentiment gore où un type se rase avec une belette, la bestiole lui laissant une trace sanglante le long de la joue. Ce visuel a été commis par Neon Park qui s’inspira d’une publicité pour les rasoirs Schik datant de 1953.

zappa en vinyle

Plus happening ou théâtre burlesque que disque de rock, « Weasels Ripped My Flesh » n’offre que très peu de mélodies et instaure un climat oppressant, rendu encore plus opaque par ce final en forme de « mur de bruit » qui secoue et traumatise l’auditeur.

Pour beaucoup, cet album représente la fin d’un cycle que Zappa boucle brillamment avec ses Mothers.

Chunga’s Revenge

Les Mothers sont partis s’égayer dans diverses formations. Seul Ian Underwood reste fidèlement aux côtés de Zappa. George Duke au clavier et Aynsley Dunbar derrière les fûts rejoindront, entre autres, le moustachu dans cette nouvelle mouture. Bien que nettement plus accessible que les précédentes livraisons du Zappa, « Chunga’s Revenge » ne se classera que 119 ème au classement Billboard dans la catégorie « Pop Albums ».

Le mélange de rock, de blues et de jazz qui se fait entendre dès le début de cet excellent opus (Transylvania Boogie) est pourtant de très bonne facture.

Le verso de chunga's revenge
Le verso de chunga’s revenge

Retrouvez les deux chroniques de ces disques sur frank-zappa.fr !

Burnt Weeny Sandwich (1970)

« Burnt Weeny Sandwich » sort en février 1970 mais fut enregistré l’année précédente. Il s’agit du 8ème album de Frank Zappa.

« Burnt Weeny Sandwich »est fortement orienté doo-wop comme en témoignent les morceaux d’ouverture et de clôture du disque. Neuf titres dont deux durent moins de 2 minutes occupent les deux faces d’un album à la pochette compliquée. Mais le disque vaut surtout pour la longue pièce de près de 19 minutes « Little House I Used To Live In » où le moustachu laisse libre court à sa folie free-jazz.

Burnt Weeny Sandwich version vinyle
Burnt Weeny Sandwich version vinyle

L’analogie avec le disque « Uncle Meat » paru l’année précédente est facile à démontrer avec une pochette très similaire et des morceaux qui se comportent comme une suite musicale logique de l’Oncle Viande ou du moins, dans un même état d’esprit.

Pour autant, « Burnt Weeny Sandwich » ne recueillera pas les mêmes lauriers.

Pour la sortie de ce disque, Zappa est pressé, sans qu’on puisse d’ailleurs comprendre pourquoi. Il est en rupture avec son groupe, les Mothers of Invention et tient à nourrir, voire à doper sa carrière solo en multipliant les sorties. Le disque sera reçu de manière mitigée en se classant à la 94ème place du classement Billboard dans la catégorie « Pop Albums ».

En cette année 1970, Zappa sortira encore deux opus, dans une véritable frénésie de nouveautés et d’occupation du terrain musical. Ainsi,  « Weasels Ripped My Flesh » (paru en août 1970) et « Chunga’s Revenge » (sorti en octobre 1970) montreront une année productive à bien des égards pour Zappa.

En attendant que nous reparlions de ces deux opus une fois prochaine, vous pouvez toujours relire la chronique « Burnt Weeny Sandwich » sur frank-zappa.fr.

Hot rats (1969) : l’année Zappa

Commençons cette nouvelle année avec un focus sur le dernier album de la décennie sixties commis par Frank Zappa, « Hot Rats » (1969). Il s’agit du 7ème album de Zappa en seulement 3 années d’activité.

Sur ce disque instrumental à 90% et dédié au jazz et au rock, Zappa délaisse pour un moment ses « Mothers » pour s’adjoindre la collaboration de Ian Underwood qui tiendra l’orgue, la clarinette, la flûte, le piano et le saxophone sur cet album de 6 titres.

A noter également la participation de Captain Beefheart (harmonica) et de Jean-Luc Ponty (violon).

hot rats

« Hot rats » est considéré à juste titre comme un des plus beaux exercices instrumentaux gravés du Zappa et qui en plus se révèle très facile d’accès. Tout le monde pourra se prendre au jeu de cette musique tricotée à l’ancienne, regorgeant de chausse-trappes et de surprises, et qui reflète surtout une façon de composer complètement en marge de ce qui se faisait à l’époque.

Frank Zappa met le paquet et se donne les moyens d’arriver au résultat escompté. Les Beatles sont en train de peaufiner « Abbey Road » et font l’admiration de tous en utilisant une table d’enregistrement 8 pistes. Zappa décide de doubler la mise et s’offre un 16 pistes pour façonner son album qui ne sonnera jamais comme la masse pouvait résonner à l’époque.

L’album ne fit pourtant pas sensation et se classa 173ème au classement Billboard dans la catégorie « Albums Pop ».

Finissons ce billet avec l’explication de la pochette. La personne qui figure dans la piscine vide de la pochette n’est autre que la baby-sitter de la fille du moustachu Moon Unitt, Christine Frka qui officiait par ailleurs dans le groupe GTO’s formé également par Pamela Des Barres.

Ce groupe de groupies éphémère ne sortira qu’un album en 1969 produit par Zappa : « Permanent Damage ».

Le prochain billet sera l’occasion de parler un peu plus de l’album « Burnt Weeny Sandwich » terminé en 1969 mais paru en février 1970.

En attendant vous pouvez toujours retrouver la chronique de Hot Rats sur frank-zappa.fr.